Aujourd’hui, je voulais simplement un peu de calme sur la piste. J’ai crevé cinq fois, toute la journée, comme si la route voulait me tester. Le cerveau saturé, mais une sorte d’harmonie malgré tout, un fil qui reliait chaque incident au voyage lui‑même.
Sur la route, un camion marocain s’est arrêté. Le conducteur m’a parlé d’une station plus loin. Pendant que je réparais mon vélo, j’ai vu un Américain de soixante‑dix‑huit ans avec sa caravane. Il m’a salué, m’a observé, puis a continué sa route.
Et puis il y a eu le taxi d’hier. En venant de Phoenix, il m’a déposé à l’hôtel où j’avais laissé mon vélo. C’est lui qui s’est mis à parler de sa femme, de son divorce, de ses années perdues, de ses deux filles, de l’argent qu’il gagnait autrefois. Il disait vivre maintenant dans une maison sans électricité. J’ai compris qu’il travaillait au noir. Heureusement que le trajet s’est passé sans accident.
Je remets chaque chose à sa place. Le voyage d’un côté, les histoires des autres de l’autre. Et pourtant tout se mélange : la poussière, les confidences, les pneus crevés, les rencontres improbables. C’est ça, la route.
Demain il faut que je répare les chambres de vélo avant de partir.
