Étape 21 : Grants, Nouveau‑Mexique

La nuit, c’est elle qui a lancé ma journée. Avant d’arriver à Grants, j’étais encore dehors, seul dans le désert du Nouveau‑Mexique. La pleine lune éclairait tellement que ma frontale ne servait à rien. Sans la bâche extérieure, ma tente était juste un cadre posé sous le ciel. Quelques voitures passaient au loin, un trait de lumière, puis le silence reprenait sa place. Je me suis endormi avec la victoire du Maroc dans les oreilles, un petit bonheur qui m’a porté jusqu’au matin.
Au lever du jour, les falaises rouges se sont dressées comme des géants. Le vent poussait la poussière, les arbres maigres se tordaient sous la chaleur, et parfois un chien surgissait d’une maison isolée pour aboyer dans le vide. L’un d’eux m’a suivi un moment, sans bruit, presque comme un compagnon de route.
La route était longue, droite, brûlante. Une vraie étape sportive : gérer l’effort, surveiller les jambes, boire avant d’avoir soif, manger du sucré et du salé, rester concentré. Le corps travaille, mais la tête auss
Arrivée à Grants : la ville et son histoire
C’est en arrivant à Grants que la journée a vraiment commencé.
La ville n’est pas grande, mais elle a une histoire solide, presque musclée, comme ceux qui ont dû s’y battre pour vivre.
Grants a d’abord été un camp de chemin de fer. Puis, grâce à ses sols fertiles, elle est devenue la capitale de la carotte. Ensuite, dans les années 1950, tout a basculé : l’uranium a été découvert dans la région. La ville est devenue « Uranium Capital of the World ». Les mines ont attiré des milliers de travailleurs, les motels se sont remplis, les cafés ont tourné jour et nuit.
Aujourd’hui, Grants vit plus calmement. Elle est la porte d’entrée vers les terres volcaniques d’El Malpais, un paysage de lave noire, de falaises abruptes et de silence minéral. Les trains passent encore au loin, comme une mémoire qui refuse de disparaître.
Je suis arrivé en fin d’après‑midi, fatigué mais content.
Dans ma chambre de motel, j’ai lavé mes affaires, j’ai pris une bonne douche. Le désert colle à la peau, mais l’eau le chasse. Je redeviens un homme après avoir été une poussière parmi les poussières.
La route continue. Demain, je reprends la Route 66.Une ligne droite, tendue comme une promesse. Les trains continueront à chanter au loin. Le vent me parlera encore. Et moi, j’avancerai, tic‑tac, comme un mécanisme vivant. Sur le vélo, tout est calculé.
* écouter la « dame de fer »,
* surveiller la moindre douleur,
* boire avant d’avoir soif,
* manger avant d’avoir faim,
* rester attentif aux chiens, aux voitures, aux camions,
* gérer la chaleur comme un adversaire.
En même temps, j’écoute les matchs de football, la Coupe du monde 2026, et déjà la promotion de celle de 2030 où le Maroc écrira une nouvelle page.
Je reste en contact avec ma femme sur WhatsApp. Même ici, au milieu du désert, sa voix traverse les kilomètres. Garder le lien, c’est garder le cœur en place.
Quand la nuit tombe, je trouve la paix.C’est ça, l’aventure : avancer, respirer, écouter, recommencer.
« Sur la route, le corps fait l’effort, mais c’est l’esprit qui décide d’aller jusqu’au bout. »

Étape 21 : Grants, Nouveau‑Mexique

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