
Je suis parti tôt ce matin de Tulsa, encore porté par la belle journée passée avec mon ami Amir. La veille, nous avions roulé ensemble dans la ville, découvrant ses parcs, ses pistes cyclables, son énergie tranquille. Tulsa a ce charme particulier des villes qui ont grandi avec le pétrole, la musique et la Route 66. Amir, lui, incarne à sa manière le rêve américain. Ancien athlète marocain, il a choisi de rester ici après ses compétitions. Il est marié à une Américaine, a un fils de dix ans, un petit garage sur la Route 66, une maison, un appartement… et un rêve qui le fait avancer...
Il y a des jours comme ça où tout commence bien. J’ai passé une bonne nuit, je me suis réveillé content de reprendre la route, et à six heures du matin j’étais déjà dehors. La lumière était douce, la route belle, et j’ai commencé à traverser Tulsa alors que la ville s’éveillait à peine. À cette heure-là, seuls ceux qui font tourner le pays sont debout : les travailleurs qui partent tôt, les jardiniers qui coupent l’herbe avant la chaleur, les employés qui s’arrêtent prendre un café dans les stations-service. J’ai fait comme eux.
Aujourd’hui, j’ai parcouru 105 km sur la Route 66. Le chemin m’a offert des images singulières : un petit village où des vélos fleuris semblaient m’accueillir comme un compagnon de route. Plus loin, des chevaux m’ont observé, intrigués par cet étrange voyageur affrontant la chaleur brûlante. Finalement, j’ai atteint Tulsa et trouvé mon petit hôtel, juste à temps pour regarder la deuxième mi-temps du match France–Espagne. L’Espagne a imposé sa puissance, et la France a perdu son rythme. C’est la loi du sport : parfois, une équipe se heurte à plus forte qu’elle.
J’ai passé une nuit comme on en rêve quand on traverse un pays à vélo. Je me suis endormi d’un coup, la lumière restée allumée, comme si j’avais glissé dans un sommeil profond, presque un coma doux. Quand j’ai ouvert les yeux, il était 4h45. Hier, j’avais mal aux jambes, j’étais fatigué, tout tirait. Ce matin, plus rien. Une demi‑heure d’étirements, et je sentais que le sommeil avait réparé ce que la route avait abîmé. C’est fou comme le corps se reconstruit quand on lui donne juste quelques heures de paix.
Quand j’ai pris le départ ce matin, la route était encore mouillée : il avait plu toute la nuit. Le ciel restait menaçant, mais pas de peur, il fallait avancer. La nature avait besoin de cette eau. Je me suis lancé sur la Route 66, comme marié à cette route. Après quarante minutes d’orage, la pluie — vous n’allez pas me croire — m’a fait du bien, à condition qu’elle ne dure pas toute la journée. Par endroits, la chaussée était inondée, de grandes flaques coupaient la route. Puis, quelques heures plus tard, tout s’est arrêté : le soleil a fait son apparition, et voilà de nouveau la chaleur écrasante.
Je suis officiellement rentré dans l’Oklahoma. J’ai traversé des plaines immenses. Des lignes droites à l’infini. Des vaches, des chevaux, et cette chaleur qui ne m’a pas lâché d’un mètre. Elle tape, elle aveugle. attaquer par des chiens aujourd’hui. En écoutant le Tour de France : les premiers ont fait 180 km en 3h56. Moi il me faut 12h pour 160 km. Chacun son rythme. Chacun son combat.
Un plat de pâtes à cinq heures du matin, c’est ce qu’il faut pour affronter les 135 kilomètres du jour. La route s’est ouverte dans le désert, et très vite les champs pétroliers ont commencé à apparaître. Des petites pompes partout, plantées dans la poussière, qui montent et qui descendent comme des têtes fatiguées. Depuis un siècle, ces machines ont fait la richesse du Texas. Les premiers grands gisements ont été découverts dans les années 1920, et depuis, le paysage n’a jamais cessé de vibrer au rythme du pétrole.
Aujourd’hui j’ai fait 109 km en 4h30. Je suis arrivé dans un petit village sur la Route 66 qui s’appelle Groom. Ici il y a 500 habitants, des champs à perte de vue, et une immense croix de 58 mètres plantée en 1995 juste à côté de l’autoroute. C’est pour ça que les gens s’arrêtent. Pour voir la croix, pour se recueillir, pour prendre une photo. Autour il y a un petit chemin de croix et une crèche grandeur nature. Groom est né en 1902 avec le chemin de fer. Il a vécu avec la Route 66, puis il s’est endormi quand l’I-40 est arrivée.
Repos forcé aujourd’hui. Le corps l’a exigé, et j’ai fini par céder. Après tant de kilomètres avalés, il fallait un jour pour souffler, pour remettre de l’ordre dans les muscles, dans la mécanique, et dans l’esprit. Ce matin, j’ai reçu un appel qui m’a donné de la force. Madame Chafika El Habti, Consul du Royaume du Maroc à Miami, m’a encouragé dans mon aventure. Elle m’a assuré qu’à mon arrivée à New York, elle me mettrait en contact avec le Consul du Maroc là-bas. Une parole simple, mais qui porte loin quand on traverse un pays entier sur un vélo.
Après une journée de repos et la révision de mon vélo, j’étais heureux de remonter sur mon cheval d’acier. Le désert, toujours le désert… mais aujourd’hui, un peu plus de verdure à l’horizon. À la fin, le vent était derrière moi, et j’ai roulé sans difficulté.Je pensais déjà au match de jeudi. J’aimerais prendre un jour de repos pour le regarder. Alors j’ai poussé fort
Je me suis accordé un jour de repos aujourd’hui. Après vingt‑huit jours de route depuis Los Angeles, il fallait laisser le corps souffler un peu et vérifier le vélo. Je roule pour traverser les États‑Unis jusqu’à New York, pour soutenir le Maroc et la Coupe du Monde 2030 organisée avec l’Espagne et le Portugal. Ce matin, je suis passé chez Robert.
La route est droite, presque plate, mais la chaleur ne pardonne pas. Même un dimanche, les camions traversent le Nouveau‑Mexique comme si c’était un jour normal. Après 60 km, je m’arrête dans une station pour acheter à boire. Je ressors… mon vélo a une crevaison. J’ai dit : ce n’est pas possible. Sous cette chaleur, ça tombe mal. Je répare, je reprends la route.
Très difficile de me réveiller ce matin. Le sommeil était lourd, accroché à mes paupières, mais il fallait repartir tout de suite. Une fois sur le vélo, j’étais déjà dans le désert, seul, sur une route qui ne descendait pas : elle montait, elle descendait, comme des vagues dans la mer, un mouvement qui fatigue le corps et joue avec le moral.
Encore une belle journée. Ce matin, quelques gâteaux, une banane, des litres d’eau, et c’est reparti dans le désert. Une ligne droite qui coupe le moral, un paysage tout plat, le sel partout dans la nature, comme si la terre elle-même séchait sous la chaleur. Quelques vaches noires, immobiles, plantées dans ce décor brûlant. La chaleur, elle, ne discute pas : elle frappe.
Distance du jour : 140 km. La nuit dernière, j’ai dormi dur, comme si mon corps avait enfin trouvé un refuge. J’ai bien fait : je savais que le lendemain, il faudrait m’occuper du vélo, et que la journée serait longue. Au réveil, j’ai découvert les messages de Youness : le maillot du Maroc, signé par les joueurs. Un coup de lumière. Ils ont pensé à moi, à ma traversée.
Belle étape sur la Route 66. À une station, j’ai rencontré deux jeunes cyclistes américains qui roulaient en sens inverse. On a échangé quelques mots avant que chacun reprenne sa route. Ensuite, j’ai traversé une portion totalement isolée : aucune circulation, personne sur des kilomètres. Une piste fantôme, abîmée
La nuit, c’est elle qui a lancé ma journée. Avant d’arriver à Grants, j’étais encore dehors, seul dans le désert du Nouveau‑Mexique. La pleine lune éclairait tellement que ma frontale ne servait à rien. Sans la bâche extérieure, ma tente était juste un cadre posé sous le ciel. Quelques voitures passaient au loin, un trait de lumière, puis le silence reprenait sa place.
Après une journée sans rouler, j’ai récupéré mon vélo entièrement révisé. Le mécanicien, ancien cycliste professionnel, a été très gentil : pneus neufs, réglages précis, tout était prêt. Je suis reparti vers midi sur la Route 66. Les paysages du Nouveau-Mexique changeaient sans arrêt
Il y a des jours comme ça… on prend les choses comme elles viennent, parce qu’on n’a pas le choix. Ce matin, j’étais content de me réveiller à 4h. À 5h15, j’étais déjà sur le vélo, juste avant le lever du jour. À la sortie du village : crevaison. Je répare, mais je sens que quelque chose cloche. C’est l’axe central de la roue avant.
La veille, dans la chambre d’hôtel, j’avais réparé tous les chambreurs de mon vélo pour être tranquille sur la route. Ce matin, en me réveillant, le vent soufflait autour de 15 km/h, avec des rafales à 25. Heureusement, il poussait dans le bon sens. Sur une longue ligne droite, ça change tout. J’ai profité de cette aide pour avancer tôt, avant que la chaleur ne s’installe complètement.
Aujourd’hui, je voulais simplement un peu de calme sur la piste. J’ai crevé cinq fois, toute la journée, comme si la route voulait me tester. Le cerveau saturé, mais une sorte d’harmonie malgré tout, un fil qui reliait chaque incident au voyage lui‑même.
Je traverse les États‑Unis à vélo, de Los Angeles à New York, pour soutenir l’équipe du Maroc pendant la Coupe du monde. Aujourd’hui, à Atlanta, j’ai vécu une journée que je n’avais pas prévue.
J’ai déjà parcouru presque 1000 km sur la Route 66 à vélo. Mon vélo est resté là‑bas, sur la route, et je dois le reprendre après le match. Aujourd’hui, j’ai pris l’avion de Phoenix jusqu’à Atlanta pour assister au match de l’équipe du Maroc mercredi soir. Depuis le hublot, je voyais le désert. Il me fait toujours réfléchir, et je me dis que j’ai de la chance d’avoir la santé pour faire ce voyage.
Je n’ai pas roulé aujourd’hui, car hier soir, j’ai reçu une invitation exceptionnelle de Younès El Aynaoui, immense champion marocain, figure emblématique du tennis mondial, connu pour son élégance, sa force mentale et son parcours remarquable.
Je suis parti presque froid, comme si le corps n’avait pas encore compris ce que l’esprit exigeait de lui. J’ai roulé six heures, cent vingt kilomètres de ligne droite, dans un paysage qui semblait arraché à une autre planète. Le désert rouge s’étendait sans fin. l’ambassadeur du Maroc à Pékin, qui m’a envoyé une vidéo de la sortie du livre Salaud de Pékin.
Aujourd’hui, c’était ma journée de repos. Je me suis réveillé à 8h30, sans réveil, juste avec le plaisir de dormir un peu plus longtemps. Je suis allé au supermarché acheter un pain au chocolat et un café, un petit luxe simple mais qui fait du bien.
Je trace la Route 66 en vélo solitaire, et aujourd’hui, ça a été bien chiant, soyons honnêtes. Le matin commence dans un diner rétro, serveurs usés par le temps, néons fatigués, murs couverts de voitures vintage et de motards Harley qui posent comme des légendes.
Aujourd’hui, j’ai roulé jusqu’à deux heures de l’après‑midi. La route chauffait déjà comme un four, l’asphalte brûlait sous mes roues, mais j’ai avancé, encore et encore, avec New York dans la tête et le Maroc dans le cœur.
Je roule pour supporter le Maroc. C’est ma mission, mon drapeau, mon énergie. Aujourd’hui, la route montait et descendait comme un accordéon. Rien de régulier. Ça tape, ça relance, ça casse les jambes. J’ai dansé avec la route toute la journée. Le soleil cognait, les paysages changeaient sans prévenir. Désert, collines, lignes droites interminables. C’était beau et dur en même temps.
Aujourd’hui, je rentre en Arizona. La route grimpe, la montagne se dresse devant moi : c’est le col le plus haut de tout mon voyage, plus de 3500 mètres. Mon cœur battait à fond, mes jambes, mes cuisses… elles ont vraiment souffert.
Quelques nouvelles depuis la Californie. Je traverse en ce moment l’une des régions les plus chaudes et les plus dangereuses d’Amérique du Nord, autour de Needles, au cœur du désert de Mojave. Ici, il n’y a rien : pas d’ombre, pas de villages, juste des routes droites qui coupent un désert brûlant. Les températures montent facilement à 44–48°C, parfois plus. Même la nuit, il fait plus de 30°C.
Aujourd’hui, c’était la journée la plus chaude depuis le départ. J’ai parcouru 65 km sous une chaleur écrasante. À 13h, je me suis arrêté à l’ombre, mais le vent était brûlant et il était impossible de se reposer.
Et cette troisième étape l’a prouvé : rien à voir avec la deuxième. La veille, la montagne m’avait cloué au sol. J’étais scotché, incapable d’avancer, le corps vidé. Aujourd’hui, au contraire, j’ai retrouvé la forme. Pourtant, c’était encore la montagne. Mais cette fois, mon corps a répondu, malgré la difficulté. Neuf litres d’eau, et je suis monté comme une horloge.
Aujourd’hui, mercredi 10 juin, j’ai vécu l’une des journées les plus intenses depuis mon départ. Après avoir quitté Maka Bana, j’ai roulé une trentaine de kilomètres sur une magnifique piste cyclable bordée de pavillons américains.
Déjeuner rapide dans la chambre, puis j’ai pris le temps de tout ranger avec soin. Quand on voyage seul à vélo, chaque objet a son importance : rien ne doit être perdu, rien ne doit être oublié. C’est la règle d’or.
Je fais partie des tout premiers passagers à avoir effectué le vol Casablanca → Los Angeles, une nouvelle ligne historique qui relie directement le Maroc à la côte ouest des États‑Unis