Étape 23 : Région d’Albuquerque → Montagnes du Nouveau‑Mexique

Distance du jour : 140 km. La nuit dernière, j’ai dormi dur, comme si mon corps avait enfin trouvé un refuge. J’ai bien fait : je savais que le lendemain, il faudrait m’occuper du vélo, et que la journée serait longue.
Au réveil, j’ai découvert les messages de Youness : le maillot du Maroc, signé par les joueurs. Un coup de lumière. Ils ont pensé à moi, à ma traversée. Ça m’a donné une force nouvelle. Sur la route, mon vélo a commencé à faire des siennes. Un Mexicain s’est arrêté en me voyant réparer, seul au bord de la route. Je lui ai dit que je n’avais plus d’eau. Il m’a répondu simplement : « Passe à la maison.» Il m’a donné l’adresse sur son GPS, et je suis parti le voir. J’étais à 8 km en contrebas, dans un quartier de maisons américaines en bois, magnifiques. Il était seul — sa femme, Fanny, travaillait. Il m’a montré les photos de ses enfants, puis une petite piscine qu’il avait récupérée après que quelqu’un l’a jetée.
Ensuite, il m’a emmené dans son garage : une voiture de concours, une lowrider qui danse, comme dans les shows mexicains. Il m’a montré aussi une belle moto, puis une photo de lui avant : 150 kg. Aujourd’hui, il en fait 90.
Il a arrêté les boissons sucrées, il marche, il fait du vélo. Il m’a dit : «karim tu m’as donné de l’énergie.»
Il m’a offert un thé glacé, une bouteille d’eau, et j’ai repris la route. J’ai traversé Albuquerque rapidement. J’ai fait des provisions dans un supermarché — j’ai bien fait : après, il n’y avait plus que la montagne, encore la montagne, pendant des heures. Et c’est là que j’ai senti que je pénétrais la région de Billy the Kid. Ses terres. Ses cachettes. Ses cavales. Les collines où il a vécu, les vallées où il s’est enfui, les pistes poussiéreuses où son nom est devenu une légende.
Rouler ici, c’est traverser un morceau d’histoire sauvage, un territoire où chaque rocher semble avoir vu passer un cavalier. La récompense : des descentes magnifiques, parfois dangereuses avec le poids du vélo.
Heureusement, la route était belle.
J’ai roulé 140 km. À 20h, je me suis arrêté. J’avais une heure pour monter la tente, manger, et me préparer pour une nouvelle nuit à la belle étoile, à 21h.
L’Amérique est immense. Les distances sont longues, interminables pour un cycliste.
Si tu gères mal, ça peut devenir grave. Pour passer le temps, j’écoute les matchs de la Coupe du monde à la radio. Ça m’aide à ne pas penser à la fatigue.
Aujourd’hui était terrible, mais j’étais porté par mon maillot signé par les Lions de l’Atlas. Ça m’a donné la force de continuer.

Étape 23 : Région d’Albuquerque → Montagnes du Nouveau‑Mexique

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