Étape 30 : Amarillo, Texas

Repos forcé aujourd’hui. Le corps l’a exigé, et j’ai fini par céder. Après tant de kilomètres avalés, il fallait un jour pour souffler, pour remettre de l’ordre dans les muscles, dans la mécanique, et dans l’esprit. Ce matin, j’ai reçu un appel qui m’a donné de la force. Madame Chafika El Habti, Consul du Royaume du Maroc à Miami, m’a encouragé dans mon aventure. Elle m’a assuré qu’à mon arrivée à New York, elle me mettrait en contact avec le Consul du Maroc là-bas. Une parole simple, mais qui porte loin quand on traverse un pays entier sur un vélo.
Je suis à Amarillo, au cœur du Texas, une ville posée sur la mythique Route 66. Amarillo est née du bétail, du chemin de fer, des plaines immenses où le vent semble courir plus vite que les hommes. Ici, tout est grand : les routes, les horizons, les assiettes. On y trouve l’un des steaks les plus célèbres du monde, un morceau gigantesque qui attire les voyageurs comme un défi. La Route 66 traverse la ville comme une ligne de vie, rappelant les époques où les familles roulaient vers la Californie en quête d’un avenir meilleur.
Mais la Route 66 n’est pas seulement une légende. Elle porte aussi ses dangers. Les camions filent à pleine vitesse, la chaleur écrase tout, et certains quartiers montrent une réalité plus dure. J’ai remarqué beaucoup de personnes sans abri, des hommes et des femmes qui vivent dans une fragilité silencieuse. On les croise avec respect, avec dignité, parce que chacun porte une histoire que personne ne connaît.
Ce matin, je suis allé dans un grand supermarché. Il faisait 38 degrés à l’ombre, et au soleil il faut rajouter dix degrés de plus. Quarante-huit degrés sur un bitume texan, ça calme un barreur comme moi, même avec l’habitude. J’ai attaché mon vélo à un caddie à l’intérieur et j’ai demandé à un employé de garder un œil dessus. On m’a prévenu : ici, il faut faire attention à ses affaires, surtout quand on voyage seul et que tout tient sur un vélo.
Malgré la fatigue, malgré la chaleur, je garde le moral. Une radio d’Auxerre, ICI Auxerre, m’a téléphoné pour me demander mon avis sur le match Maroc – France. Je leur ai dit que le Maroc allait gagner trois à deux, qu’il y aurait des buts, de l’intensité, de la fierté. Ce match me motive, me pousse à continuer, à rouler encore, à avancer vers New York pour soutenir mon pays et porter haut les couleurs de la Coupe du monde 2030.
Je reprendrai la route demain, avec la même détermination. Amarillo m’a offert un jour de repos, un jour de chaleur écrasante, un jour de réflexion. C’est dans ces pauses que l’on mesure vraiment le chemin parcouru et celui qu’il reste à accomplir. Le voyage n’est pas seulement une succession de kilomètres, c’est une manière de se découvrir soi-même, de comprendre ce qui nous pousse à avancer, même quand le soleil brûle et que la route semble infinie
La route ne récompense pas la vitesse, mais la persévérance. Celui qui avance malgré la chaleur, la fatigue et le doute finit toujours par atteindre son horizon.

Étape 30 : Amarillo, Texas

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