Un plat de pâtes à cinq heures du matin, c’est ce qu’il faut pour affronter les 135 kilomètres du jour. La route s’est ouverte dans le désert, et très vite les champs pétroliers ont commencé à apparaître. Des petites pompes partout, plantées dans la poussière, qui montent et qui descendent comme des têtes fatiguées. Depuis un siècle, ces machines ont fait la richesse du Texas. Les premiers grands gisements ont été découverts dans les années 1920, et depuis, le paysage n’a jamais cessé de vibrer au rythme du pétrole.
J’ai trouvé un peu de verdure, quelques arbres perdus, presque timides. J’espérais entendre des oiseaux. Ça fait du bien, ça surprend, et puis ça disparaît aussitôt pour laisser la place au désert.
Un policier m’a arrêté. Il m’a dit : fais demi‑tour, il faut prendre la route derrière toi. Je lui ai répondu que je n’avais pas le droit de prendre l’autoroute avec mon vélo. Il a marqué un silence, puis il m’a dit : pardon, c’est vrai. C’est là qu’il m’a proposé de la nourriture, en me demandant si j’avais besoin de quelque chose. Je lui ai dit que j’avais tout ce qu’il fallait. Je lui ai demandé si on pouvait prendre une photo ensemble, un cycliste avec un policier texan, mais il m’a répondu qu’il n’avait pas le droit. Il m’a souhaité bon courage, et je suis reparti.
J’ai atteint Shamrock vers quatre heures. La chaleur était écrasante. Shamrock, c’est une petite ville née avec le chemin de fer et devenue célèbre grâce à la Route 66. Dans les années 1930, les voyageurs s’arrêtaient ici pour faire le plein, manger un morceau, et admirer la station U‑Drop Inn, un bâtiment art déco qui est devenu une icône de la route. Aujourd’hui encore, les touristes viennent pour ça : un morceau d’histoire posé au milieu du vent et du soleil.
Des visiteurs prenaient des photos sur la Route 66, sous un soleil brûlant, avant de courir se réfugier dans leur voiture pour avaler une boisson sucrée bien glacée. McDonald’s ne me tentait pas. Fatigué, j’ai acheté un peu de nourriture dans une station‑service.
J’ai trouvé un petit hôtel comme on en voit beaucoup sur la Route 66. Ils sont presque tous tenus par des familles hindoues. C’est leur affaire, leur monde. Il faut toujours négocier, mais je commence à connaître.
Dans la chambre, j’ai vérifié la mécanique du vélo, puis j’ai écouté le Tour de France et la fin du match de l’Espagne. Ils ont gagné. Heureusement qu’il y a WhatsApp : malgré la route, malgré la fatigue, je reste en contact avec vous. La technologie fait le lien, mais la vraie magie, c’est de tenir mon corps debout. Si je veux aller plus loin, il faut que la force reste avec moi.
Demain, je continuerai vers l’Oklahoma, toujours sur la Route 66, toujours vers l’est, toujours vers
« Chaque ville raconte une histoire, mais c’est la route qui écrit la suite.
