Je suis parti tôt ce matin de Tulsa, encore porté par la belle journée passée avec mon ami Amir. La veille, nous avions roulé ensemble dans la ville, découvrant ses parcs, ses pistes cyclables, son énergie tranquille. Tulsa a ce charme particulier des villes qui ont grandi avec le pétrole, la musique et la Route 66.
Amir, lui, incarne à sa manière le rêve américain. Ancien athlète marocain, il a choisi de rester ici après ses compétitions. Il est marié à une Américaine, a un fils de dix ans, un petit garage sur la Route 66, une maison, un appartement… et un rêve qui le fait avancer : acheter une ferme pour élever des vaches, des moutons et des chevaux. À 47 ans, avec sa discipline et son sérieux, je sais qu’il y arrivera. Nous ne nous connaissions pas avant les réseaux sociaux, et pourtant son accueil a été simple, chaleureux, fraternel.
Avec mon pneu tout neuf, j’ai repris la route. Une longue ligne droite, sans difficulté, bordée d’arbres, de pâturages, de vaches et de moutons. Le paysage avait cette tranquillité propre à l’Amérique rurale, où le temps semble s’étirer.
Je me suis arrêté dans une station‑service. L’employé, un Amérindien, m’a demandé mon parcours. Il m’a encouragé, m’a offert une pizza, et m’a dit de continuer avec courage. Quand je suis ressorti, j’ai croisé un joggeur américain. Il s’est arrêté net, intrigué par mon vélo, ma plaque, mon voyage. Il m’a posé mille questions, a pris une photo, puis un selfie avec moi. Il m’a dit qu’il allait me suivre sur les réseaux sociaux, admiratif de ce défi que je mène seul sur la route. Ces rencontres donnent de la force.
Après 6h30 de route, j’ai atteint Vinita, à 14h30.
Vinita est l’une des plus anciennes villes de l’Oklahoma, née en 1871 avec l’arrivée du chemin de fer Missouri–Kansas–Texas. On sent encore cette histoire dans ses rues : une ville de passage, de voyageurs, de commerçants, un carrefour où les cultures amérindiennes, rurales et ferroviaires se sont croisées. Les habitants vivent au rythme des ranchs, des marchés agricoles, des rodéos. On y mange une cuisine simple et généreuse : barbecue, viandes fumées, chicken fried steak, plats du Midwest qui réchauffent après une longue journée.
En arrivant, j’ai pensé à Amir, à son parcours, à son rêve américain construit pas à pas. Et j’ai repensé à ma propre phrase, celle que je répète depuis des années :
L’effort vous ramène loin, il vous rend libre.
Aujourd’hui encore, la route m’a donné raison.
