Aujourd’hui, j’ai roulé 124 km. Une longue journée sur des petites routes serrées, entourées de forêt. Les oiseaux étaient là du matin au soir, comme si je traversais leur territoire. La chaleur était lourde, humide, presque tropicale. Par moments, j’avais l’impression d’être en Guadeloupe.
Certaines portions étaient vraiment dangereuses. Les camions passaient trop près, les routes n’avaient presque pas d’espace pour un vélo. Dans ces moments‑là, il ne faut pas penser au chien qui pourrait surgir, ni au trou qui pourrait te faire dévier. Il faut rester droit, concentré, avancer.
Vers le quatre‑vingtième kilomètre, la chaleur m’a frappé fort. À une station‑service, une voiture arrêtée par hasard m’a donné une bouteille d’eau. Un geste simple, mais qui m’a aidé à tenir. Je le dis partout : il y a des gens serviables, et ils apparaissent toujours au bon moment.
Les huit derniers kilomètres ont été les plus piégeux. On croit que c’est fini, que la ville est là, que le repas approche. C’est là que l’accident peut arriver. Je me suis répété : « Reste vigilant, ce n’est pas terminé. »
Un homme m’a appelé depuis sa maison. Torse nu, une cigarette à la main, en train de nettoyer sa voiture et sa moto. Il m’a demandé si je voulais boire quelque chose. Il est revenu avec une bouteille fraîche et un sachet de glaçons. On a pris une photo, je lui ai donné ma carte. Encore une preuve que la route, ce sont aussi des rencontres.
Arrivée à Springfield
Après ces 124 km, j’ai enfin atteint Springfield, au Missouri.
Une ville d’environ 170 000 habitants, connue pour être le berceau de la Route 66. C’est ici qu’on a officiellement donné son nom à la route en 1926. La ville mélange nature, musées et ambiance du Midwest. On y mange du barbecue, des plats américains classiques, et le fameux cashew chicken, inventé ici.
Ce soir, je dors dans un hôtel mexicain. Les ouvriers, après leur journée, sont dans la cour. Ils jouent de la musique, ils chantent. J’entends tout depuis ma chambre. Je suis tellement fatigué que ça ne me dérange pas. Je m’allonge, le corps vidé, l’esprit encore sur la route.
La radio annonce que la France a perdu contre l’Angleterre.
Demain, c’est la finale de la Coupe du monde 2026, organisée par les États‑Unis, le Canada et le Mexique.
Moi, je continuerai ma ro
Demain — Traverser la ville tôt
Demain matin, je partirai tôt.
Je traverserai Springfield « au matin de bonheur », avant que la circulation ne devienne dense.
Pour continuer ce voyage, il faut dormir tôt, réparer le corps, calmer l’esprit.
La traversée des États‑Unis n’est pas simple : chaleur, peur, stress, circulation. Mais chaque jour, je continue. Encore, encore...
