Étape 57 : Duncansville, Pennsylvanie

Aujourd’hui, c’est mon soixantième jour sur les routes américaines. Deux mois que je traverse ce pays immense, exigeant, parfois dur, mais toujours surprenant. L’Amérique ne se laisse pas traverser facilement. Elle demande de la patience, de la force, et un mental solide.
Je suis maintenant dans les montagnes des Appalaches. Les montées n’en finissent pas, les descentes sont rapides, et la Route 22 me secoue comme un vieux cheval nerveux. Les camions et les voitures passent en continu, mais heureusement, j’ai de la place pour rouler : la bande d’arrêt d’urgence est large, confortable, et je peux avancer sans me sentir coincé. Ce n’est pas étroit, et ça change tout.
Aujourd’hui, j’ai fait 76 kilomètres, mais dans mon corps, c’est comme si j’en avais fait 150. Je m’arrête parfois pour reprendre mon souffle, pour laisser mes jambes se calmer, pour regarder les vallées profondes et les forêts immenses qui s’étendent comme des tapis verts. Ces paysages donnent du courage, ils rappellent pourquoi je suis là, pourquoi je continue.
Ma Dame de Fer, mon vélo, tient bon. Depuis deux mois, il ne m’a jamais abandonné. Nous entrons ensemble dans chaque chambre, jamais dehors. On traverse les États-Unis tous les deux, comme deux compagnons qui ne se quittent pas.
Ce pays est vaste, contrasté. Il y a des villes magnifiques, des quartiers vivants, et d’autres endroits où la vie semble plus difficile. Mais ici, tout est possible. Si tu ne te sens pas bien quelque part, tu peux bouger, chercher ton équilibre, recommencer ailleurs. L’Amérique permet cela.
Il y a deux jours, j’ai mangé du poisson frit avec des frites dans un petit restaurant tenu par deux Palestiniens. Ils m’ont accueilli comme un frère. On a parlé, on a ri, ils m’ont dit : « Si tu veux revenir manger ce soir, tu es notre invité. » Un moment simple, humain, qui reste dans la tête et qui accompagne la route.
Demain, je reprendrai la Route 22. Je vais danser avec elle, avec ses virages, ses montées, ses descentes. New York s’approche. Je me demande comment mon corps va tenir encore quelques jours, mais je sais que je vais y arriver. Chaque matin, chaque soir, je parle avec ma femme. C’est elle qui garde mon moral droit, solide.
Il y a un article sur mon voyage dans L’Yonne Républicaine. Une trace de cette aventure qui avance, jour après jour.
Je quitte les Appalaches. Je laisse derrière moi leurs forêts, leurs vallées, leurs routes difficiles. Je continue vers l’Est, vers la dernière ligne, vers New York.

Étape 57 : Duncansville, Pennsylvanie

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