Étape 61 : Lehighton, Pennsylvanie

Aujourd’hui une petite étape de 65 kilomètres, New York n’est plus qu’un souffle devant moi, je pourrais terminer demain mais je ralentis volontairement comme si je voulais retenir les derniers instants de cette aventure. Le soleil brillait puis une petite pluie est tombée sans prévenir, je n’ai même pas mis mon K‑Way, je n’en avais pas besoin. Après deux mois sur le vélo je deviens un animal du voyage, plus rien ne me dérange, la pluie, le soleil brûlant, l’humidité lourde, le vent, même la fraîcheur du matin, le corps finit par accepter, l’esprit avance. Je me suis arrêté dans cette ville Lehighton en Pennsylvanie, une petite ville née au XIXe siècle autour du chemin de fer et des mines de charbon, un endroit où les vallées sont serrées et où les collines entourent les maisons comme un amphithéâtre naturel. Lehighton a longtemps été un point de passage pour les trains qui reliaient les grandes villes industrielles de l’Est, aujourd’hui c’est une ville tranquille avec ses rues simples, ses familles, ses commerces et cette atmosphère typique des petites villes américaines où tout le monde se connaît. Je suis allé au grand supermarché Walmart, sur le parking une femme américaine d’origine mexicaine avec sa petite fille m’a abordé, vous venez de Los Angeles vous allez à New York, j’ai répondu oui, bravo m’a‑t‑elle dit avec un sourire sincère. Je l’ai recroisée à l’intérieur près du petit restaurant du magasin, elle croyait que j’avais faim et voulait m’inviter, une gentillesse simple, directe, qui touche le cœur, j’ai fait une photo avec elles. On rencontre des gens merveilleux dans le monde entier, la solidarité, le partage, l’envie d’aider, on les trouve dans tous les peuples sur tous les continents, voyager longtemps seul dans un pays c’est comprendre la valeur de ses habitants. Et les Américains, depuis la Route 66 jusqu’aux montagnes de Pennsylvanie ils m’ont aidé, ils m’ont donné de l’eau dans le désert brûlant de Californie du Texas de l’Arizona, certains m’ont invité chez eux, d’autres m’ont payé un café une pizza, beaucoup m’ont encouragé. C’est ça un voyage en solitaire, on roule seul mais on avance grâce aux autres. Le soir je lis les messages privés de mes amis, ils m’encouragent, m’envoient des mots qui réchauffent, les anciens coureurs me donnent des conseils, les commentaires sur les réseaux sociaux me poussent à continuer, ma famille me suit et surtout ma femme qui porte avec moi chaque kilomètre. Demain je donnerai une interview à Atlantique Radio Maroc, une belle parenthèse qui viendra s’ajouter à cette aventure. Quand je suis enfin rentré dans ma chambre le ciel est devenu noir d’un coup, le tonnerre a éclaté et une pluie violente s’est abattue sur Lehighton. Dans un voyage à vélo il faut toujours partir tôt, c’est dans la fin de l’après‑midi que le temps devient menaçant, un seul conseil pour ceux qui rêvent de traverser un pays à vélo, partez de bonne heure, c’est votre meilleure protection contre les caprices du ciel. Maintenant je vous laisse, les crampes arrivent, je vais gérer ça, je dors ici à Lehighton dans une harmonie étrange, la joie de rentrer bientôt et la nostalgie de voir les belles choses toucher à leur fin. « Le voyage ne finit jamais, il change seulement de forme et continue à l’intérieur de nous. »

Étape 61 : Lehighton, Pennsylvanie

PARTENAIRES