Troisième étape : Après chaque journée difficile, il y a toujours un jour meilleur.

Troisième étape
Ne jamais baisser les bras. Après chaque journée difficile, il y a toujours un jour meilleur.
Et cette troisième étape l’a prouvé : rien à voir avec la deuxième. La veille, la montagne m’avait cloué au sol. J’étais scotché, incapable d’avancer, le corps vidé. Aujourd’hui, au contraire, j’ai retrouvé la forme. Pourtant, c’était encore la montagne. Mais cette fois, mon corps a répondu, malgré la difficulté. Neuf litres d’eau, et je suis monté comme une horloge. La peur de la défaillance m’a rendu vigilant : toutes les heures, je mangeais quelque chose. Je mangeais, je buvais, je prenais du sel. Dans ce genre d’effort, il ne faut jamais se laisser griser par un moment où l’on se sent bien. Il faut gérer, garder un peu d’énergie, surtout quand la chaleur tape au maximum.
Après des heures de montée, j’ai enfin atteint le sommet. Puis la route s’est ouverte : ligne droite, montées, descentes. Je préfère ça à la montagne. Mais avec un vélo chargé, tout devient difficile. Avant, j’étais indifférent à ce genre de paysages. Maintenant que je suis en plein désert, loin de tout, je ressens chaque détail. Je m’arrête dans une station-service : les gens me posent des questions. Cette étape me rappelle le désert du Gobi en 2024. Tous les déserts se ressemblent un peu… mais celui-ci, je le sens différemment. J’ai déjà couru dans le désert américain, mais là, on voit que le climat change : il fait vraiment très chaud.
Je bois de l’eau brûlante, les bananes que je mange sont chaudes aussi. Je n’ai pas le choix.
Et malgré tout, j’ai fait ma meilleure étape depuis le départ : 95 km.
Je suis fier de moi. Les derniers 5 km ont été magiques. Une voiture klaxonne. Une jeune femme m’appelle : « Karim ! »
Une Marocaine, venue travailler ici. Elle était dans le même avion que moi. Elle m’a reconnu grâce à mes habits et au drapeau marocain.On s’est arrêtés, on avait presque les larmes aux yeux. Le monde est petit. Elle a filmé une petite vidéo de 30 secondes, on a fait une photo souvenir, on a échangé nos contacts.
Dans cette aventure où je suis souvent seul, je ne suis jamais vraiment seul. Il y a toujours un ange gardien quelque part. Arrivé à l’hôtel, je rencontre quatre personnes qui parlent français. Les parents venaient voir leur fille et son mari. Ils m’ont dit qu’ils faisaient du vélo, mais « pas à ce niveau de folie ». Ils m’ont encouragé, ça m’a fait du bien.
Dans le même motel, j’ai écouté le match du Mexique en rangeant mes affaires. Ils ont gagné.
Vivement l’équipe du Maroc ! Je pense que je vais écouter le match sur mon vélo… je pédalerai encore plus vite. De toute façon, je les encourage de tout mon cœur. J’ai aussi fait une vidéo avec mon ami Rahal Abdelwahed, Lucas, ma femme et ma petite-fille. Ça m’a reboosté moralement.
Quand je fais une pause, je regarde les commentaires sur les réseaux sociaux : ça fait du bien, et je repars. Aujourd’hui, j’ai roulé sur la Route 66. Ici, ce sont des petites fermes, de grandes maisons, des terrains cultivés, des chiens qui surveillent. Heureusement, il y a aussi des parties désertiques sans habitants. Je fais attention à ne pas m’arrêter devant une maison, pour ne pas être pris pour un voleur. Là où je suis arrêté maintenant, il n’y a rien : l’autoroute, un McDo, quelques hôtels, des camions perdus.
Ce soir, ce sera McDo et un gros dodo, parce que l’aventure continue demain

Troisième étape : Après chaque journée difficile, il y a toujours un jour meilleur.

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