Étape 6 – Needles, Californie – 14 juin 2026

Quelques nouvelles depuis la Californie. Je traverse en ce moment l’une des régions les plus chaudes et les plus dangereuses d’Amérique du Nord, autour de Needles, au cœur du désert de Mojave. Ici, il n’y a rien : pas d’ombre, pas de villages, juste des routes droites qui coupent un désert brûlant. Les températures montent facilement à 44–48°C, parfois plus. Même la nuit, il fait plus de 30°C. C’est un climat extrême, où la chaleur peut te mettre en difficulté en quelques minutes.
Hier, j’ai roulé jusqu’à midi, puis j’ai dû m’arrêter tellement la chaleur était insupportable. Impossible d’avancer. J’ai attendu la tombée du jour, et à 20h, j’ai repris la route.
J’ai roulé toute la nuit, jusqu’à 14h aujourd’hui. La nuit, c’est un peu moins chaud, mais c’est un autre danger : les rares automobilistes ne peuvent pas imaginer qu’un cycliste roule à 3h du matin au milieu du désert. Je reste très prudent, mais sentir une voiture passer dans le noir total, c’est impressionnant.
Pour tenir, je fais des micro‑sommeils de 10 minutes, comme les marins en pleine mer.
À un moment, j’ai « avalé » 2 kilomètres que je n’aurais jamais pu faire en plein soleil. Ensuite, j’ai continué à me battre contre la chaleur jusqu’à 14h, jusqu’à ce que je tombe enfin sur un camping. À ce moment‑là, c’était comme trouver un oasis.
Depuis plusieurs jours, j’avais aussi des problèmes mécaniques. En plus, j’ai crevé. En réparant la roue arrière, j’ai enfin compris que le biquet qu’Abdelmajide m’avait installé à Casablanca touchait le disque de frein. Ça faisait des jours que j’entendais un bruit qui s’arrêtait puis recommençait. Je croyais que ça venait de l’avant, alors je cherchais au mauvais endroit. La crevaison m’a permis de découvrir le problème.
Et comme si le désert n’avait pas fini de me tester, j’ai perdu mon iPhone 17 Pro Max. Plus de contacts, plus de photos, plus rien. Heureusement, j’ai un vieux téléphone de secours, juste assez pour envoyer des messages. Mais c’est la vie : dans un désert comme celui‑ci, avec cette chaleur, je peux perdre bien plus qu’un portable. La vie est plus précieuse que n’importe quel appareil.
J’ai aussi raté le match du Maroc. J’étais en plein désert, sans batterie, sans Internet. Aujourd’hui, un automobiliste m’a appris qu’ils avaient bien joué, surtout en première mi‑temps. Ça m’a fait plaisir au milieu de toute cette chaleur.
Ce soir, je dors au Needles KOA Journey, un camping posé au bord de la Route 66, perdu au milieu du désert. C’est un endroit simple : des rangées de caravanes, quelques cabanes en bois, des parcelles alignées comme un petit village au milieu du vide. La chaleur y est toujours écrasante — 43°C affichés quand je suis arrivé — mais ici, au moins, il y a de l’eau, un peu d’ombre, et un toit pour la nuit.
La dame du camping m’a simplement dit :
« Faites attention, ce désert est dangereux. »
Et elle a raison. Ici, tout chauffe : le vélo, les appareils, même la batterie du téléphone souffre. J’essaye de la protéger comme je peux.
J’ai aussi deux petites bonbonnes de gaz pour cuisiner, mais ici, pas question d’allumer un feu n’importe comment : un incendie peut partir en quelques secondes, et ça peut coûter des années de prison. Quand je fais à manger, je reste à côté du réchaud, je surveille tout.
Ça fait trois jours que je mange des pâtes chinoises. Il n’y a rien d’autre.
Ce soir, c’est encore des pâtes chinoises.
Et demain matin, pour le petit déjeuner, ce sera encore des pâtes chinoises.
C’est ça, la vie dans le Mojave.
Une voiture m’a donné 3 petites bouteilles d’eau. Plus tard, un Américain noir s’est arrêté, a reconnu le drapeau marocain, m’a montré ses tatouages, m’a donné une bouteille d’eau et est reparti aussitôt. Je n’ai rien compris, mais merci quand même.
J’ai appris que le Maroc avait bien joué. Bravo à la jeunesse marocaine. Moi, j’ai l’âge de trois joueurs réunis, mais je continue à pédaler sous 48°C.
Demain, je quitte la Californie.
Je vais entrer dans le Nevada, puis continuer vers l’Utah, avant de redescendre en Arizona.
Encore des milliers de kilomètres, encore des déserts, encore des montagnes. Mais je continue, un jour après l’autre, sous le soleil du Mojave.
Et la leçon de tout ça ?
Dans ce désert, tu comprends vite que les objets ne sont rien. Un téléphone, même le plus cher du monde, ça se remplace.
La vie, elle, ne se remplace pas.
Chaque kilomètre ici te rappelle ce qui compte vraiment.

Étape 6 – Needles, Californie – 14 juin 2026

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