Étape 8 : Route 66. Los Angeles → New York.

Je roule pour supporter le Maroc. C’est ma mission, mon drapeau, mon énergie.
Aujourd’hui, la route montait et descendait comme un accordéon. Rien de régulier. Ça tape, ça relance, ça casse les jambes. J’ai dansé avec la route toute la journée. Le soleil cognait, les paysages changeaient sans prévenir. Désert, collines, lignes droites interminables. C’était beau et dur en même temps.
Les trains étaient encore là, énormes, interminables. Des monstres de deux kilomètres. Ils transportent tout : charbon, conteneurs, voitures, céréales, produits chimiques. Quand ils passent, tout tremble. Le sol, l’air, ma tête. On dirait qu’ils mangent la terre en avançant.
Les cactus me regardaient depuis le bord de la route. Droits, tordus, piquants. Des gardiens du désert. Ils bougent pas, mais ils sont là, solides, comme s’ils attendaient que je passe.
Après 110 km, j’ai planté ma tente dans la nature. Pas un bruit humain. Juste les trains. Un grondement terrible, régulier, comme une bête qui ne dort jamais. La nuit grouillait du bruit des rails. J’ai fini par dormir quand même. La fatigue était plus forte que tout.
Le soir, j’avais pas Internet. Aucun résultat. Ni la France, ni l’Algérie, ni l’Argentine, rien. Pas de télé, pas de radio. Juste le silence. Alors j’ai imaginé les matchs dans ma tête. Je suis venu traverser les États-Unis pour porter le Maroc. Supporter sur la route, sans écran, sans son, juste mes pensées. Demain, quand j’aurai Internet, je verrai ce qui s’est passé. C’est comme ça. C’est l’aventure.
Dans la tente, je pensais à tout l’effort de la journée. Aux joueurs du Maroc, aux attaquants qui courent, qui frappent, qui se battent. Eux sur le terrain, moi sur la route. Moi avec mon vélo, ma dame de fer. C’est ma compétition à moi. Pas de stade, pas de public. Juste la route, la chaleur, le vent, les trains, les cactus. Tout se mélange dans ma tête. Une résonance. Une harmonie bizarre.
Demain, 17 juin. Grande journée. La sortie de mon livre au salon de Pékin. Moi ici, dans le désert américain, et mon livre là-bas, en Chine. Deux routes qui avancent en même temps.
Je me suis endormi là-dedans. Demain, on continue.

Étape 8 : Route 66. Los Angeles → New York.

PARTENAIRES