« Il y a des jours où la route décide pour toi, et tout ce que tu peux faire, c’est avancer. »
La veille, dans la chambre d’hôtel, j’avais réparé tous les chambreurs de mon vélo pour être tranquille sur la route. Ce matin, en me réveillant, le vent soufflait autour de 15 km/h, avec des rafales à 25. Heureusement, il poussait dans le bon sens. Sur une longue ligne droite, ça change tout. J’ai profité de cette aide pour avancer tôt, avant que la chaleur ne s’installe complètement.
À la réception, l’employé indien, un Sikh originaire du Pendjab, m’a encore parlé un moment. Il m’a expliqué que dans leur communauté, la générosité est une valeur essentielle. « Si tu en croises, ils t’accueilleront, ils te donneront à manger », m’a‑t‑il dit. Il insistait tellement qu’il m’a finalement donné presque un kilo de bananes. Je les ai mangées tout au long de la journée, dès que je pouvais. Ça m’a bien aidé pour tenir.
Plus loin, je me suis arrêté dans une station‑service. J’ai discuté avec une famille dans une grosse caravane. Ils déménageaient pour commencer une nouvelle vie, acheter une maison au Texas. Le père m’a expliqué qu’il était pilote d’avion. Avec sa femme, ils rêvent d’avoir un petit appareil à eux, pour voler quand ils veulent. Je lui ai dit qu’il avait la chance de voir l’Amérique depuis le ciel, que c’était un luxe que peu de gens connaissaient. Il utilisait un traducteur instantané, mais on arrivait à se comprendre sans problème.
En quittant l’Arizona, j’ai enfin passé la frontière du Nouveau‑Mexique. On l’appelle comme ça parce que les explorateurs espagnols, au XVIᵉ siècle, pensaient trouver ici des richesses comparables à celles du Mexique. Ils ont donné ce nom à la région bien avant que le Mexique moderne existe. Le climat change, le paysage aussi. On m’a dit qu’il y avait plus de tempêtes dans cette zone. Il va falloir s’adapter.
