Encore une belle journée. Ce matin, quelques gâteaux, une banane, des litres d’eau, et c’est reparti dans le désert. Une ligne droite qui coupe le moral, un paysage tout plat, le sel partout dans la nature, comme si la terre elle-même séchait sous la chaleur. Quelques vaches noires, immobiles, plantées dans ce décor brûlant. La chaleur, elle, ne discute pas : elle frappe.
La nuit dernière, j’ai dormi à la belle étoile. Pas vraiment dormi, d’ailleurs. Les serpents à sonnette, les coyotes, les gros lézards… je les attendais presque autour de moi, mais le sommeil a été plus fort que mes pensées. Le ciel était clair, les étoiles brillaient, et moi j’étais là, seul dans le désert, avec mon vélo posé à côté de moi comme un compagnon fidèle.
Le matin, j’ai enfourché mon vélo et je me suis lancé dans cette longue ligne droite, le désert à perte de vue. Je pédale en tenant la tête, je cherche dans mes souvenirs pour avancer. Vous n’allez pas le croire : au milieu de ce vide, j’ai trouvé un petit restaurant. Des motards étaient là. Enfin un repas à table, un vrai service : un steak de poulet, des patates, deux œufs sur le plat, un peu de pain, un café. Pour moi, c’était le bonheur. J’ai rechargé les batteries, pris des photos avec les motards. Ils m’ont donné leur carte et celle de leur association, je leur ai donné la mienne. Puis j’ai repris la route, toujours cette ligne droite qui fatigue l’organisme.
Plus loin, une voiture s’est arrêtée. Des jeunes. Une fille est sortie : elle m’a donné une bouteille d’eau bien fraîche, deux compotes de pommes, un petit paquet de chips. Je lui ai dit ce que j’ai appris dans tous mes voyages : dans le monde entier, il y a des gens gentils. Tu ne peux pas faire une aventure, quelle qu’elle soit, sans les autres. Chaque exploit est aussi le résultat de la générosité de ceux qu’on croise.
Après 121 km, encore une belle journée de route, je suis arrivé dans une petite ville : Vaughn. Beaucoup de commerces sont fermés, comme si le temps s’était arrêté. Une ville minuscule au milieu du désert, traversée par les rails et la route, avec quelques bâtiments silencieux qui regardent passer les voyageurs.
Ce soir, j’ai trouvé un petit motel modeste.
Le climatiseur de la chambre faisait du bruit, je l’ai arrêté avec ma main pour avoir un peu de calme.
J’ai posé mes affaires, j’ai allumé la radio : je voulais écouter la fin du match Argentine – Cap‑Vert. Pendant que la radio tournait, je lavais mes affaires, comme chaque soir, avec ce que j’ai. Les Cap‑Verdiens ont très bien joué. Ils ont montré à toutes les équipes que tout est possible.
Demain, je remonte sur mon cheval : mon vélo. Je continue dans ces grands paysages américains, leurs couleurs, leur force. Qu’elles soient avec vous, et avec moi
Les trains de 4 km. Toute la journée, j’ai croisé ces trains immenses qui traversent le Nouveau‑Mexique. Certains font jusqu’à quatre kilomètres de long. Ils avancent lentement, comme des serpents de fer qui découpent le désert. On les entend avant de les voir : un grondement profond, régulier, qui fait vibrer la terre. Quand ils passent, on dirait qu’ils transportent toute l’Amérique sur leurs wagons. Ils rappellent que ce pays est vaste, dur, mais vivant.
