Je quitte ma chambre après avoir vérifié deux fois que je n’ai rien oublié. C’est devenu un geste automatique, presque une protection. Une fois la porte fermée, je suis déjà sur la Route 66, prêt pour une nouvelle journée.
La route ressemble à celle d’hier, mais elle n’arrête pas de monter. La chaleur est lourde, humide, presque collante. Je sens que je dois boire davantage de boisson énergétique pour tenir. Autour de moi, le paysage est magnifique : des arbres solides, des champs verts, le foin déjà ramassé et posé en rouleaux comme un tableau rural prêt pour l’hiver.
En avançant, j’entre dans une nouvelle région où la campagne devient plus dense, plus humide, avec des pâturages serrés et des champs de céréales. C’est là que je traverse le fleuve Belleteix, un cours d’eau tranquille où quelques pêcheurs sont installés sur les berges. Leur silence donne au lieu une atmosphère paisible, comme si le temps ralentissait juste pour eux.
En quittant le fleuve, la route me mène directement vers une nouvelle frontière : une plaque bleue apparaît devant moi.
Missouri.
Mon sixième État depuis mon départ de Los Angeles. Je m’arrête, je prends une photo. C’est un moment important, un jalon de plus dans cette traversée pour la promotion du Mondial 2030.
À peine entré dans le Missouri, le ciel change brutalement. Il devient gris, presque noir. La pluie tombe d’un coup, violente, dangereuse, surtout avec les camions qui soulèvent des gerbes d’eau. Trois averses successives, chacune plus forte que la précédente. Je mets le K-Way, je l’enlève, je transpire, je recommence. Une danse imposée par le climat.
En avançant dans la région, je découvre une terre agricole, riche, où le maïs et le blé dominent. Les champs sont vastes, les fermes espacées, et la route traverse ces paysages comme une ligne droite infinie. C’est aussi une région où les animaux sauvages sont nombreux : opossums, ratons laveurs, écureuils, lièvres. Malheureusement, beaucoup sont écrasés sur la route. Un vrai massacre silencieux. Ils sortent des champs pour manger les céréales, mais les voitures sont trop rapides. C’est triste à voir.
En continuant ma progression, la région s’ouvre peu à peu sur une zone plus urbaine. Les enseignes se multiplient, les garages apparaissent, les motels aussi. Je sens que j’approche d’une ville. Et puis, soudain, elle est là :
Joplin.
Je rentre dans la ville sans transition, comme si la route m’y avait poussé naturellement. Joplin est une ville typique de la Route 66, avec ses garages, ses ateliers, ses motels, ses enseignes anciennes. Elle compte environ 52 000 habitants. Son histoire est liée au minage du plomb et du zinc, qui ont attiré des milliers de travailleurs au XIXᵉ siècle. En 2011, une tornade dévastatrice l’a frappée, l’une des plus violentes de l’histoire américaine, mais la ville s’est reconstruite avec courage.
Après 110 km, j’arrive enfin au centre. Je suis fatigué, mais satisfait. Pour tenir, j’ai mangé un plat de pâtes, un yaourt, un café, une banane, un peu de gâteau, quelques bonbons, une boisson énergétique et beaucoup d’eau. Le corps réclame, et je lui donne ce qu’il faut.
