Étape 41 : routes humides du Missouri, avant Rolla

La chaleur aujourd’hui… une chaleur lourde, humide, qui colle à la peau comme dans l’Amazonie, comme en Martinique, à la Réunion, en Guadeloupe, en Thaïlande. J’ai couru dans tous ces pays pour comprendre l’humidité, mais ici elle est au maximum. La différence, c’est que je ne suis pas en compétition. Je peux m’arrêter quand je veux, ralentir, accélérer, écouter mon corps. C’est un luxe rare.
Les stations‑service deviennent mes oasis. De l’eau fraîche, un peu de salé, un peu de sucré, une boisson énergétique. J’avance en apprenant à baisser ma propre température, comme si je négociais avec le soleil. Toute la journée, j’écoute les oiseaux, les criquets, des bêtes dont je ne connais même pas le son. J’attends presque les serpents, juste pour entendre la nature me parler. J’ai de la chance : tous mes sens sont en éveil. Je sens l’odeur de la terre chaude, la pluie qui menace, la vie autour de moi. Je me répète que je suis vivant, que je réalise mes rêves.
Heureusement qu’il y a WhatsApp. Je parle avec ma famille, et ça me fait du bien. C’est comme un entraîneur mental : quelques mots, une voix, et je repars plus fort. Sur la route, ça compte autant que l’eau et le repos.
Je protège mon portable de la chaleur comme si c’était un compagnon de route. Aujourd’hui : 109 km.
Quand j’arrive près de Rolla, je sens que je change de monde. Rolla, c’est une petite ville née au XIXᵉ siècle, un ancien point de passage des trains et des pionniers. Une ville qui a grandi avec le fer, les mines, les rails. Aujourd’hui, elle vit surtout grâce à son université, la Missouri S&T, connue pour l’ingénierie et les sciences. On y trouve des motels simples, des stations‑service, des restaurants qui sentent le Midwest, des gens qui saluent facilement. Rien de spectaculaire, mais une ville qui a vu passer des milliers de voyageurs avant moi. Une ville de route, une ville de passage. Et ce soir, c’est mon refuge.
Ne me demandez pas ce que je mange : je mange ce que je trouve. Souvent des pâtes instantanées, des œufs durs, des bananes, des pommes, des fruits secs, du yaourt, un morceau de gâteau, des tomates cerises. Et toujours des chips salées pour garder l’eau dans le corps. À 100 km par jour, on brûle tout. Vous avez vu les coureurs du Tour de France ? Impossible de garder du poids. Moi, je mange trois fois plus et je maigris.
Aux Américains qui me posent des questions, je leur dis la vérité : pas besoin de fortune pour perdre du poids. Il faut bouger, doucement mais longtemps, tous les jours. Boire, dormir, avancer. Le corps fait le reste.
Il est 20h23. Je vais dormir. Le meilleur moment de la journée, c’est quand je ferme les yeux et que mon corps se repose pour recommencer demain.

Étape 41 : routes humides du Missouri, avant Rolla

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