Après une journée de repos, j’ai repris la route avec une longue ligne droite de 145 km à travers l’Illinois. À peine une demi‑heure après mon départ, la pluie s’est mise à tomber, une vraie pluie continue, dense, qui a duré presque deux heures. Et pourtant… quelle sensation. Cette pluie n’était pas celle qui détruit ou qui menace, mais une pluie douce, régulière, presque bienveillante. Une bénédiction sur la route. Elle tombait comme pour laver la fatigue, comme pour me rappeler que la route n’est jamais la même, qu’elle change, qu’elle surprend.
Pendant que je roulais sous l’eau, je repensais à la Californie. À ces journées où le thermomètre montait à près de 50°, où la chaleur me pliait, me cassait presque, mais où je n’ai jamais abandonné. Aujourd’hui, c’était l’inverse : un paysage immense, des champs perdus à l’horizon, une route vide, pas une âme, juste quelques voitures de temps en temps. Le silence. La solitude. Le vélo et moi.
Je suis entré dans une seule station‑service. Personne. Le caissier m’a simplement dit : « Les toilettes sont là-bas », sans lever les yeux. Il a été surpris de voir que je n’allais pas aux toilettes, mais que je voulais acheter de la nourriture. Une scène étrange, presque irréelle, dans une station vide au milieu de nulle part.
Sur le vélo, j’écoutais le Tour de France, la veille de la dernière étape. Puis les infos. La France brûle près de Bordeaux. Je connais cette région, magnifique. Mes pensées vont à ceux qui ont perdu leur maison. Ensuite, j’ai mis France Culture, un podcast sur Bernard Tapie. Quel personnage. La radio fait passer le temps, mais il ne faut jamais oublier de manger, de boire, de rester lucide. Le corps avance, mais le cerveau doit rester éveillé.
J’ai fini par arriver à Champaign, une ville universitaire, vivante, construite autour de l’University of Illinois. Une ville née au XIXᵉ siècle, d’abord un simple arrêt ferroviaire, devenue ensuite un centre intellectuel majeur du Midwest. Aujourd’hui, c’est un mélange de jeunesse, de science, de culture, de cafés tranquilles et de rues larges. Une ville qui respire l’apprentissage, la recherche, la curiosité. Et moi, cycliste solitaire, j’y suis arrivé comme un voyageur venu d’un autre monde.
Je veux éviter Chicago pour continuer vers New York. Il est 20h24. Il est temps de dormir, de reposer mon cerveau pour mieux régénérer mon corps. Demain, la 48ᵉ journée m’attend.
