Courage, la route continue de dérouler son ruban sous mes roues. Je traverse les États‑Unis à vélo, depuis Los Angeles jusqu’à New York, et aujourd’hui j’ai roulé dans l’Ohio, cet État calme, simple, traversé par ces longues routes droites qui donnent l’impression d’avancer dans une Amérique profonde, authentique, sans maquillage.
La Route 66 est derrière moi depuis quelques jours. Elle reste comme un vieux compagnon de route, fidèle, silencieux, qui m’a accompagné à travers les déserts, les villes, les rencontres. Maintenant, la ligne droite me tire vers New York, comme un fil tendu entre deux mondes. Je continue d’observer la nature, comme je l’ai toujours fait dans les cent cinquante pays où j’ai voyagé. Dans les roches, les dunes, les arbres, il y a des formes, des couleurs, des sculptures que personne ne pourra jamais égaler. Nous, les humains, nous ne faisons que couper la nature, la déplacer, la décorer… mais jamais la surpasser. Il suffit qu’un animal se pose quelque part pour que tout devienne un tableau vivant. Nous sommes des visiteurs dans une galerie qui existait avant nous.
Les Américains essaient de recréer un peu de cet art naturel autour de leurs maisons : des fleurs, des objets, des drapeaux, des décorations parfois étranges, parfois touchantes. Aujourd’hui, j’ai traversé un cimetière sans mur, posé simplement au bord de la route. Tout était propre, le gazon coupé comme une sculpture. Un rappel silencieux : la mort n’est jamais loin, surtout pour ceux qui roulent vite sur ces routes droites. Un avertissement sans panneau.
Plus loin, j’ai vu un accident. La voiture n’était pas belle à voir. Ça m’a serré le cœur. La route peut être généreuse, mais elle peut aussi être brutale.
Ce soir, je dors à Springfield, Ohio. Le premier hôtel où je suis entré voulait une carte d’identité, il ne voulait pas prendre mon passeport. Je ne suis pas américain, je n’ai pas de carte. Je n’avais pas envie de discuter, alors je suis reparti. J’ai trouvé un autre hôtel, moins cher, plus propre, et les gens étaient très gentils.
Cette nuit, j’ai été réveillé par des crampes, la première fois que ça m’arrive. J’ai réglé ça aujourd’hui : j’ai bu un peu plus de boissons énergétiques pour éviter que ça revienne, j’ai pris du sel, j’ai bu beaucoup d’eau. Encore une belle étape, 120 km dans les jambes.
C’est incroyable, la magie d’un vélo : cette petite machine de treize kilos, chargée comme une mule, m’a fait traverser les États‑Unis. Je n’ai que le minimum : quelques affaires pour rouler, un change pour le soir. Mais j’ai tellement de rencontres, de découvertes, que la difficulté s’efface. Heureusement, le cerveau est sélectif : il garde les bons moments, il laisse les autres derrière. C’est pour ça qu’on avance.
Tic‑tac, jusque‑là, ça va
