Ce matin, à 5h30, j’ai mangé un plat de pâtes avant de reprendre la route à 6h15. Le corps encore endormi, les jambes lourdes, et pourtant il fallait attaquer une montée de quarante minutes dès le départ. Le brouillard enveloppait tout, comme si la route voulait me tester une fois de plus.
L’après‑midi a été plus douce, moins de dénivelé, un terrain plus respirable. J’ai croisé des vaches paisibles, alignées comme des spectatrices silencieuses, la tête plongée dans une herbe abondante et bien verte. Ici, en Pennsylvanie, on voit souvent des Holstein et des Jersey, des vaches laitières qui vivent dans des pâturages généreux, humides, parfaits pour elles. Leur tranquillité donne l’impression que le monde tourne au ralenti.
Pendant que je roulais, j’ai écouté le Tour de France féminin. Bravo Mesdames, bravo à la cycliste polonaise qui a gagné aujourd’hui. Ça fait du bien d’entendre ces exploits pendant ma propre traversée.
Avec la fatigue accumulée, le terrain difficile, et le manque de repos depuis longtemps, je ne force plus sur les distances. 75 km aujourd’hui, c’est ce qu’il fallait.
Sur la route, j’ai vu ces scènes typiques de la campagne américaine : des habitants qui déposent devant leur maison des légumes du jardin, parfois des fruits, avec une simple table et une boîte où tu laisses l’argent. Personne ne surveille. Confiance totale. Dans cette région, on trouve souvent des tomates, des courgettes, des concombres, des haricots, du maïs sucré, et parfois des pêches, des pommes ou des myrtilles. Les jardins sont riches, entretenus avec soin, et les gens cultivent par tradition autant que par plaisir.
Ce soir, je dors à State College, ville universitaire animée par Penn State University. L’ambiance est jeune, sportive, vivante. Les cafés sont pleins d’étudiants, les rues respirent l’énergie du savoir et du mouvement. Une ville qui ne dort jamais vraiment, même en été.
Demain, l’aventure continue à vélo, pas en voiture. Je reprendrai la route vers New York, encore quelques jours, encore quelques efforts, encore quelques paysages à traverser avant que ce voyage immense ne touche à sa fin. La traversée commencée à Los Angeles, avec ses montagnes, ses plaines, ses orages, ses routes étroites, ses rencontres, ses fatigues et ses joies, va bientôt se terminer. Une page immense de ma vie se referme, une autre s’ouvre déjà. À bientôt.
"La route ne ment jamais : elle donne à chacun ce qu’il est venu chercher".
