Étape 59 : Lewisburg, Pennsylvanie

Ce matin, quand le GPS m’a indiqué 95 km tout droit, j’ai ressenti un vrai soulagement. Une ligne droite, c’est moins de stress : pas besoin de surveiller chaque croisement, chaque virage. Je pouvais écouter la radio tranquillement, le Tour de France féminin, un peu de formation sur Apple Music… Une pause dans la tension du voyage.
Ce voyage reste un stress permanent. Il faut faire attention à tout : ne pas tomber, ne pas se tromper, surveiller les camions, les voitures, la chaleur, l’humidité, les blessures. Je ne dors jamais au même endroit, alors je dois vérifier mes affaires à chaque hôtel ou campement pour ne rien oublier. Et il y a toujours cette crainte de tomber malade, d’attraper un virus, d’avoir mal aux dents, un coup de froid…
Pour tenir, j’ai créé des rituels. Quand j’arrive, j’appelle ma femme. Ensuite, c’est toujours la même routine : me laver, laver mes affaires, manger, faire mes étirements, regarder le parcours du lendemain, écrire le compte rendu, dormir tôt. Le matin, pareil : douche, ranger les affaires dans la Dame de Fer, déjeuner, puis je repars dans le même ordre. Ces gestes répétés me donnent une stabilité dans un voyage où tout change chaque jour.
Mes jambes brûlent dans les montées. Normal après 5000 km. Mais aujourd’hui, la beauté du paysage m’a aidé : la campagne, les fermes impeccables, les cimetières au bord de la route, les maisons en brique rouge entourées de fleurs. J’ai filmé un bois, j’ai pris des photos, j’ai respiré cette Amérique rurale qui vit lentement.
En traversant un village, j’ai vu une fête locale. Les habitants étaient réunis autour de grands barbecues, des stands de maïs grillé, des jeux pour enfants, des musiques country. Les familles riaient, les voisins discutaient, les bénévoles servaient des plats maison. Une ambiance simple, chaleureuse, authentique.
Juste après la fête, j’ai croisé plusieurs Amish dans leurs charrettes noires tirées par des chevaux. Les femmes portaient des robes longues et des bonnets blancs, les hommes des chemises sombres et des bretelles. Ils parlaient leur langue traditionnelle, le Pennsylvania Dutch, un ancien dialecte allemand. Leur manière de vivre est restée fidèle à leurs traditions : pas de voitures, pas de technologie, juste le cheval, le travail des champs, les fermes impeccables. On a l’impression de traverser un autre temps, une Amérique immobile.
J’ai reçu des photos petits-enfants  aujourd’hui. Ça m’a fait du bien, ça m’a donné de la force.mmm
Lewisburg, Pennsylvanie – Là où je dors ce soir
Ce soir, je dors à Lewisburg, une petite ville tranquille posée au bord de la rivière Susquehanna. Les rues sont droites, propres, avec des maisons en brique rouge et des porches en bois typiques de la région. Le centre‑ville est simple : quelques cafés, des boutiques locales, une librairie, des restaurants familiaux.
La ville est connue pour Bucknell University, qui apporte une ambiance jeune et calme. On croise des étudiants, des familles, des habitants qui se saluent en passant. Tout est posé, sans bruit, sans agitation. En fin de journée, la lumière devient dorée sur les arbres et les façades, et Lewisburg prend un air de petite ville américaine classique, presque comme dans un film.
C’est un endroit paisible pour récupérer après une longue journée de vélo, avant de reprendre la route vers New York.
Il me reste environ 300 km pour atteindre la ville.

Étape 59 : Lewisburg, Pennsylvanie

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