New York. Après soixante‑sept jours de route et cinq mille huit cents kilomètres parcourus entre Los Angeles et la côte Est, j’ai posé cet après‑midi mon vélo dans cette ville immense qui ne dort jamais. La traversée touche à sa fin, et je sens encore dans mes jambes la discipline quotidienne, la patience, le courage, et cette chance incroyable d’avoir échappé aux accidents, aux maladies, aux caprices de la nature. Pas de feu, pas de tornade, pas d’inondation. Juste la route, le vent, la sueur, et la volonté de continuer chaque matin. Je pense à toutes les rencontres, aux sourires échangés, aux encouragements reçus, à ma famille et à mes amis qui ont porté mon moral quand la fatigue devenait lourde. Même ma petite fille de quatre ans m’a envoyé une vidéo pour me féliciter, et ce simple geste a illuminé ma journée.
Mon vélo, La Dame de Fer, a été mon compagnon fidèle. Il n’était plus seulement un objet : c’était une partie de mon corps, un prolongement de moi-même. Il a traversé Casablanca, il a volé jusqu’à Pékin — le seul vélo au monde à avoir fait ce trajet — puis il a traversé les États-Unis, de Los Angeles à New York. Chaque jour, je lui ai donné de l’attention, du soin, comme on prend soin d’un partenaire de route. Il fallait que je le protège, que je le respecte, pour aller jusqu’au bout. Ce voyage ne se fait pas seulement avec les jambes : il se fait avec la tête, avec le cœur, avec la volonté de ne jamais abandonner.
Et au milieu de tout cela, une pensée immense va à ma femme. Elle a été là avant mon départ, elle a été là pendant chaque étape, et elle sera là quand je rentrerai. Elle m’a accompagné comme un entraîneur mental, avec une force tranquille, une présence qui stabilise, une harmonie qui apaise. Avec elle, je peux traverser les moments les plus durs, parce qu’elle ne change jamais dans l’essentiel : la loyauté, la patience, la douceur, le soutien. C’est cette constance qui m’a porté, cette énergie qui m’a permis d’avancer quand le corps voulait s’arrêter. Dans une vie, il y a des piliers. Elle est l’un des miens.
New York m’accueille avec son bruit continu, ses hélicoptères qui tournent au-dessus de Manhattan, ses parcs remplis d’enfants, ses terrains de basket, ses touristes qui marchent vite, ses policiers, ses ambulances qui ne s’arrêtent jamais. Une ville immense, née en 1624 sous le nom de New Amsterdam, devenue au fil des siècles un symbole mondial de liberté, de diversité et d’ambition. J’y ai couru trois fois le marathon, mais y arriver à vélo après avoir traversé un continent, c’est une sensation différente, plus profonde, comme si la ville me saluait pour avoir mérité son énergie.
Je dédie ce voyage à toutes les personnes qui m’ont suivi chaque jour, à mes partenaires, à tous les Marocains, à la sélection nationale, dans l’esprit de la Coupe du Monde 2030. Une pensée particulière accompagne ma sœur, disparue pendant mon périple ; elle a été présente dans chaque coup de pédale, dans chaque lever de soleil. Maintenant, c’est le temps de la récupération, de profiter de la ville, de dormir un peu plus tard que vingt‑et‑une heures, de prendre une bouffée de vie. Demain, je ferai un petit tour à Manhattan, juste pour le plaisir du tourisme. Puis je rentrerai au Maroc, avant de rejoindre Tonnerre, en Bourgogne. À Casablanca, je mangerai sûrement un bon couscous comme je l’aime. Je garderai quelques photos et vidéos pour me souvenir de cette aventure, et si mon récit quotidien a donné envie à certains de faire du vélo, de goûter à l’effort ou de se dépasser, alors ce voyage aura eu un sens encore plus grand.
Un homme avance quand son cœur est stable, son esprit clair et son chemin aligné.
